Les limites de la rationalité limitée ? Un essai de réflexion en sciences de gestion

GUIBERT Nathalie DUBOIS Pierre-Louis ROJOT Jacques

15,00 

Résumé

Cette contribution porte sur la problématique de l’influence de la théorie de la rationalité limitée d’Herbert Simon en Sciences de Gestion. Dans une première étape, les auteurs proposent une identification des principaux courants de recherche fondés sur cette théorie dans les disciplines du comportement du consommateur en marketing, de la gestion des ressources humaines et des sciences de l’organisation. Ce travail fondamental permet de souligner trois limites dans cette appropriation ‘gestionnaire’ de la théorie : la vision séquentielle de la décision, la focalisation sur une route centrale de la décision au détriment des chemins périphériques, le silence sur la rationalité axiologique ou normative et donc sur la question des valeurs. Par la suite, la question des paradigmes alternatifs est posée : les théories de l’a-rationalité (théorie de l’action, implications des recherches récentes en biologie en termes de compréhension de la décision) et ce que les auteurs qualifient de théorie de ‘l’hyper-rationalité’, à savoir les propositions récentes de Kahneman sur l’intuition sont brièvement exposées. Cet inventaire débouche sur une compréhension augmentée du paradigme contemporain de notre discipline. Incidemment, les intérêts et les difficultés des réflexions pluridisciplinaires dans des plans si fondamentaux sont évoqués.

Abstract

This paper attempts to assess the influence of Herbert Simon’s Bounded Rationality Theory in Management Sciences. First, the authors point out some results of the main research streams based on Bounded Rationality in marketing (consumer behavior), human resources management and organization theory. This allows them to outline three limits in the adoption of this theory in Management Sciences: the vision of decision as being sequential; the focus on a central path to decision making forgetting the peripheral aspects; forgetting the axiological (in Weber’s meaning) or normative rationality and consequently the values’ issue. In a second step, other possible paradigms are evoked with a brief presentation of a-rationality theories (action theory, recent findings in Biology on decision making) and of what the authors call the ‘hyper-rationality’ theory, i.e. Kahneman’s late conceptualization of intuition in decision processes. This review drives to a better understanding of the contemporary paradigms of Management Sciences. Incidentally, the benefits and the difficulties of multidisciplinary work at such fundamental level are mentioned.